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  • : Le blog de LeTeffou
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  • : au hasard de promenades ou au cours de périples organisés, mes coups de coeur, des coups de projecteur sur le patrimoine de la Somme.
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     C'est Eugène Yvert (v.1794-1878) qui fonde l'imprimerie qui porte aujourd'hui encore son nom en 1831. Elle est d'abord installée, en 1839, rue des Trois-Cailloux, dans l'ancien hôtel de Tourtier, dont le beau décor classique des façades de pierre appartient vraissemblablement à la seconde moitié du 18ès (j'émets néanmoins une réserve concernant la partie droite de l'hôtel dont le dessin des balcons et le fronton me paraissent plutôt remonter au 19ès -est-ce un ajout ? une restauration ?).
     Louis Yvert (1866-1950), petit-fils d'Eugène, va progressivement "coloniser" ce que l'on appelle à l'heure actuelle l'îlot Yvert. Il dirige l'imprimerie au début des années 1890 avec Théodore Tellier, qui lui fait découvrir la collection de timbres-poste. Les deux hommes s'engagent en 1895 dans l'édition philatélique et l'année suivante parait un catalogue de timbres de tous les pays.
     La maison Yvert & Tellier s'associe en 1900 à Théodore Campion, marchand de timbres genevois installé à Paris, qui fixa, et ce jusqu'à sa mort en 1955, la côte des catalogues. Le développement de l'imprimerie incite Louis Yvert à acheter, en 1903, l'ancien hôtel de Mons situé rue des Jacobins, mitoyen de l'hôtel précédent.
     L'existence de cet hôtel est attestée en 1774. Démoli, il fut reconstruit en 1844 en respectant le plan ancien : entièrement en briques -la pierre étant réservée aux bandeaux, corniches et encadrements des ouvertures-, il se composait à l'origine d'un corps de logis rectangulaire flanqué d'une longue aile en retour rejoignant un corps de bâtiment bordant la rue des Jacobins.
Les bureaux de l'imprimerie furent installés dans le corps principal et l'aile en retour (dont les intérieurs conservaient l'essentiel de leurs décors en lambris). Un atelier, couvert d'un toit en shed fut aménagé à l'emplacement des jardins.
En avril 1913, Tellier se retire des affaires et vend ses parts à Yvert qui, par amitié, décide que le catalogue continuera à porter le nom de son ancien associé.
     En 1926, les locaux sont encore aggrandis : Louis Yvert fait construire de nouveaux ateliers dans le style Art-déco, dont les façades en béton enduites de ciment se distinguaient surtout par le pan coupé des rues des Jacobins et des Corps-nus-sans-Teste dont la porte était surmontée d'un bas-relief représentant un imprimeur devant sa presse.

     Miraculeusement épargné par les bombardements et incendies des deux conflits mondiaux, alors que tout le quartier environnant était détruit, l'îlot Yvert représentait un intéressant éventail d'architectures d'avant-guerre et l'ancien hôtel de Mons demeuraient l'unique hôtel particulier à subsister dans l'hyper-centre.
La partie "imprimerie" de la maison Yvert & Tellier fut cédée en 1998 au groupe Moreau (la maison d'édition restant dans le giron de la famille Yvert). Mais devenue locataire des lieux, les 12000 m², idéalement situés au coeur de la ville, suscitèrent très vite les convoitises et se formèrent des projets immobiliers et/ou commerciaux que seul le transfert de l'imprimerie pouvait rendre possibles.

     Déjà fragilisés par un manque d'entretien, les locaux eurent à souffrir d'un incendie d'origine volontaire dans la nuit du 11 au 12 avril 2000 qui ravagea partiellement l'ancien hôtel de Mons, détruisant entièrement l'aile en retour sur la cour (qui abritait la bibliothèque constituée par Eugène Yvert et qui comptait archives, ouvrages centenaires sur la philatélie et des catalogues mis sur pied années après années).
Si l'imprimerie en elle-même n'eut pas à souffrir du sinistre, des infiltrations d'eau rendirent les bâtiments encore un peu plus vulnérables et les conditions de travail difficiles. A l'été 2005, l'imprimerie déménage pour de nouveaux locaux, libérant ainsi l'îlot ainsi que les 2000 m² qu'elle occupait depuis 1929 rue Vivien (l'imprimerie avait installé dans un hôtel particulier de la fin 19ès, début 20ès, rue Vivien, un atelier d'apprêt -reliure, brochure- puis un atelier de stockage, abandonné et partiellement détruit par un incendie, cet hôtel a été inscrit aux M.H en 2008).
     En mai 2006, les bâtiments sinistrés sont détruits, à l'exception toutefois du corps de bâtiment sur la rue des Jacobins.
Les spéculations reprirent et l'année suivante est dévoilé le projet de l'architecte Gérard Hypolite, commissionné par l'une des SCI propriétaires de l'îlot. Ainsi, 9000 m² de logements et de commerces seront-ils construits en lieu et place des vénérables immeubles de l'ancienne imprimerie dont ne subsisteront, à l'issue du chantier, que les façades inscrites à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (depuis le 9/12/1999) et qui seront intégrées au projet.

En juillet 2008, pelleteuses et bulldozers achevèrent d'effacer du centre-ville les antiques bâtiments qui avaient survécu aux guerres et dont les noms résonnaient d'une exquise désuétude...hôtel de Tourtier, de Mons, imprimerie...



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L'ancien hôtel de Tourtier (18ème siècle), avant et après restauration


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A l'angle de la rue des Corps-nus-sans-Teste et des Jacobins, les anciens ateliers de style Art Déco


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rue des Jacobins, l'ancien hôtel de Mons (1844)

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derrière le portail de l'hôtel

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